Quand l’image résonne en écho


Frédéric Maurin
École supérieure de théâtre, UQÀM
Courriel : maurin.frederic@uqam.ca


Résumé


Parmi les arts de la scène, l’opéra a lui aussi recours à la technologie, franchissant le pas entre sa nature éminemment pluridisciplinaire et l’exploration de potentialités intermédiales : technologie sonore qui trouble, au grand dam des tenants de la tradition, le régime de la musique et de la voix vives, mais aussi technologie visuelle, en particulier sous la forme d’images vidéo. Certes, ces images composent au premier chef une scénographie qui complète ou inquiète l’espace perspectif (en l’ouvrant, en le creusant) et elles ordonnent une dynamique optique qui complexifie la perception des interprètes (par des projections bidimensionnelles venant les démultiplier, les agrandir, leur surimposer des doubles, etc.). Mais elles s’inscrivent aussi dans une dramaturgie musicale en se faisant l’écho visuel de la partition et du chant : un écho qui donne à voir ce que laisse imaginer l’écoute, un écho qui fait apparaître, advenir, revenir à la surface du visible la structure profonde de l’œuvre. Têtues, entêtantes, elles en viennent ainsi à incorporer à la scène un supplément de hantise. Mieux : elles contribuent à faire de la scène le lieu d’une présence scindée entre incarnation et hantise, réalité et hallucination. Jamais écho ne se tient très loin de Narcisse.


Sans ignorer d’illustres précédents{1} ni d’autres réalisations récentes{2} , l’exposé se fondera essentiellement sur deux mises en scène de 2006, l’une d’un opéra du répertoire, l’autre d’une création :